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Le remplacement sur France Culture de l’émission « Terre à terre » de Ruth Stégassy par l’émission « De cause à effets, le magazine de l’environnement » d’Aurélie Luneau m’apparaît pour l’instant, avec le recul d’une dizaine d’émissions, comme une petite catastrophe. Mais ce n’est pas l’objet de ce billet, et peut-être faut-il laisser mûrir la nouvelle formule avant de porter un jugement définitif. Contentons-nous pour le moment d’apprécier une intervention de Marc Dufumier, petite pépite dénichée dans une émission consacré au bio le 30 octobre dernier :

Aurélie Luneau :  « Une agriculture bio est-elle juste un doux rêve ou une réalité future pour nourrir la planète, aujourd'hui 7,3 milliards d'habitants, demain 9,5 milliards à horizon 2050 ? »

Marc Dufumier : « Oui exactement il faudra nourrir une population croissante. »

AL : « Est-ce qu'une agriculture bio demain peut envisager de nourrir la planète ? »

MD : « La réponse est catégorique : oui, c'est parfaitement possible. Figurez-vous que dans notre alimentation on a besoin d'énergie, les kilocalories, de protéines, de vitamines, de minéraux, de fibres, d'antioxydants. La première nécessité est quand même l'énergie alimentaire, on en a impérativement besoin, et ça nous vient du soleil, pas de pénurie annoncée des rayons du soleil avant un milliard et demi d'années donc soyez sans crainte. Si vous faîtes une agriculture avec une couverture végétale la plus totale, la plus permanente, les rayons du soleil tombent sur des feuilles, et la feuille transforme cette énergie solaire en énergie alimentaire, c'est gagné. Cette énergie, on appelle ça sucre, on l’appelle amidon, on l’appelle lipides, ce sont les hydrates de carbone. La plante trouve le carbone dans le gaz carbonique de l'atmosphère. Y a-t-il pénurie de gaz carbonique ? Non c'est un gaz pléthorique, c'est un gaz à effet de serre. L'agriculture intensive qui ferait un usage intensif de ce gaz carbonique, la plante prend le carbone, libère l'oxygène pour nos poumons, fabrique du sucre, de l'amidon, des lipides, et pourquoi pas de la paille, de l'humus, je suis vraiment pour. On a besoin de protéines, alors quand même juste petite difficulté, c'est la gestion de l'eau qui fait que la plante, parce qu'il faut qu'elle transpire pour pouvoir par les petits trous par lesquels elle transpire, intercepter le gaz carbonique. C'est donc la gestion de l'eau qui est effectivement un des aspects les plus importants en termes techniques. Et les protéines, ce sont les hydrates de carbone, auxquels on ajoute de l'azote, l'azote vient de l'air, 79% de l'azote dans l'air, pas de pénurie annoncée avant des siècles, mais rajouter de l'azote pour fabriquer des protéines, c'est coûteux en énergie. Là l'agriculture industrielle utilise des engrais de synthèse coûteux en énergie fossile, et l'agriculture biologique utilise ces fameuses plantes de l'ordre des légumineuses qui sont capables en circuit court, ce sont des microbes qui les aident à faire ça, d'intercepter l'azote de l'air, de fabriquer des protéines, de fertiliser le sol en azote, c'est-à-dire que les cultures qui vont suivre après, dans la rotation et l'assolement, seront ainsi fertilisées en azote. Vous voyez que cette agriculture biologique est savante et diversifiée, c'est elle aussi qui va accueillir les coccinelles, les abeilles, les mésanges pour neutraliser les larves de carpocapse. C'est une agriculture hyper-savante qui nous permet de nourrir une population croissante, de façon saine, sans aucun problème. La question de l'alimentation dans le monde n'est déjà pas aujourd'hui un problème de la disponibilité des nourritures, c'est une question de pouvoir d'achat. Les gens ne parviennent pas à acheter une nourriture qui pourtant existe. Et cette nourriture excédentaire que nous avons aujourd'hui dans le monde est gaspillée par certains, elle sert à nourrir des animaux en surnombre par d'autres et de plus en plus elle sert à abreuver des voitures en éthanol, en diesel, en agrocarburant. Il y a de la nourriture qui échappe à des pauvres, qui est achetée par plus riches pour en faire du gaspillage, nourrir les cochons, ou abreuver les voitures. »

France Culture, De cause à effets, le magazine de l'environnement, Le bio dans tous ses états !, Aurélie Luneau, 30 octobre 2016.

 

Pour comprendre dans le détail chacun des points décrits ici, on pourra utilement regarder la vidéo pédagogique de C par sorcier (France 3) :

C'est pas sorcier -AGRI.BIO