Estimation : 140 milliards d'animaux sont tués chaque année pour être mangés par l'Homme. 140 milliards. Chaque année. 140 000 000 000. Se répéter ce chiffre plusieurs fois. 140 milliards. Se le répéter tout en sachant ce nombre infigurable. L’imagination a ses limites. Tenter quand même, par des détours, des découpages par exemple, au cas où une évocation nous frapperait davantage. Chaque année, nous tuons l’équivalent de vingt fois la population humaine sur terre. Chaque année. Sans doute encore trop abstrait. Essayons encore : 4500 animaux sont tués par seconde pour être mangés. Chaque seconde. Tic. Tac. 4500. Ces chiffres débordent tous les mots qui se terminent en –cide. En tout cas, nous sommes un cran au-dessus de toute extermination, du moins nous sommes dans un ailleurs ineffable, puisque le concept d’extermination transpire une finalité absente de ce qui nous occupe ici. Il faudrait un terme témoignant d’un vouloir inflexible et aveugle de renouveler sans fin un massacre inutile, en dépit de tout bon sens et de toute sensibilité. De toute humanité oserait-on dire, si la conscience de l’obscénité de cette expression ne nous crevait les yeux. Nous organisons une natalité de masse pour pouvoir perpétrer sempiternellement un massacre de masse au milieu d’une souffrance de masse. Au point où l’écœurement devient ontologique.

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