1878_Frederick_Leighton_-_Nausicaa

Réponse de Nausicaa à la supplique d'Ulysse naufragé, nu et sale : « Étranger, tu ne sembles ni un méchant ni un insensé. Seul, Zeus l'Olympien partage le bonheur à chacun des hommes, bons et méchants, selon sa volonté. Sans doute il voulut te donner ces épreuves ; il faut t'y résigner ! Mais à présent, puisque tu viens dans notre cité et notre pays, tu ne manqueras ni de vêtements ni des autres secours que doit obtenir le malheureux qui vient à nous. Je vais te montrer la ville, et te dirai le nom de ce peuple. C'est aux Phéaciens qu'appartiennent la cité et la terre. Et moi, je suis la fille du magnanime Alcinoos, qui sur les Phéaciens possède force et puissance. ».

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Entre la chasse aux migrants et l’acharnement contre la Grèce, les gouvernements européens auront montré ces dernières années leur étroitesse d’esprit et leur courte vue. Les principes élémentaires qui font l’humanité, comme la solidarité, l’empathie, l’hospitalité, sont en train de disparaître des radars du vieux continent. Les dirigeants justifient leur renoncement à la générosité, à la clémence, à la bienveillance, à la commisération, bref à tout ce qui découle de la pitié, que Rousseau définissait comme le sentiment naturel de l’homme, par l’intérêt de leur peuple. Or, ils se trompent : ils sont en train de détruire les faibles liens que l’ancienne politique avait construits et ils préparent à leur insu les conflits futurs. Agrippant leurs sacs d’or, ils devraient se rendre compte qu’ils sont en train de couler, en entraînant avec eux l’ensemble de leurs concitoyens. Les forces de l’ombre irrémédiablement croissent sur ce terreau de déni de justice. Et il se pourrait que la lecture historique des événements conduise un jour à montrer à quel point l’introduction du néolibéralisme aura été un naufrage général pour l’Europe, rendue exsangue par le reflux de l’Etat, des services publics et des valeurs démocratiques.

Nausicaa, Frederic Leighton ca. 1878.