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(c) Leitzis - instagram - Inspiré de Bansky

 

« L’Europe s’est construite sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale grâce à la vision de chefs d’Etat. Elle est sur le point de s’effondrer à cause des vanités et du cynisme d’une poignée de banquiers et de politiciens. » Jeffrey Sachs, 14/07/2015, http://www.liberation.fr/monde/2015/07/14/jeffrey-sachs-les-etats-puissants-seront-rattrapes-par-les-souffrances-qu-ils-infligent_1347718

« La gouvernance économique de la zone euro - jadis tant souhaitée par les gouvernements français - existe donc bel et bien, et ne souffre aucune exception, fût-elle la plus modérée. » Romaric Godin, 13/07/2015, http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-defaite-de-la-grece-la-defaite-de-l-europe-491792.html

 

S’il est bien un fait confirmé par les derniers développements de la crise grecque dans la zone Euro, c’est que les vrais démocrates doivent s’inquiéter dès qu’ils entendent parler de gouvernance. La gouvernance – ou mieux la « bonne gouvernance » - c’est le meurtre de la politique, c’est l’outil aux mains des oligarques pour garder le pouvoir, c’est l’instrument qu’ils ont trouvé pour imposer leur idéologie, c’est l’arme de guerre au service de la domination des peuples[1].

Ce concept venu du secteur privé, et qui s’est imposé après l’effondrement du bloc de l’Est autour des années thatchériennes a été une sorte de boussole pour s’orienter dans ce que l’on peut après coup identifier comme une véritable « contre-révolution » néolibérale. Gouverner a été peu à peu assimilé à une forme de management, l’Etat s’est vu réduit à n’être rien de plus qu’une entreprise à gérer, dans la plupart des cas il fut considéré comme un gêneur. La logique de dérèglementation s’est alors accompagné du démantèlement des services publics, l’intérêt général a peu à peu laissé place aux taux d’intérêt. Enfin, la disgrâce des anciens acteurs sociaux a permis l’anoblissement d’une nouvelle classe de gestionnaires et les affaires de la cité ont laissé place aux affaires de la City.

La gouvernance, c’est l’art de faire apparaître l’Etat comme un acteur parmi d’autres. Dans un double mouvement, les puissances à l’œuvre atteignent cet objectif en marginalisant et en affaiblissant la puissance publique, tout en en faisant le défenseur de leurs intérêts claniques.

La politique est escamotée, on la remplace par une technique de gestion. Le mot « démocratie » change de sens et se confond avec l’économie de marché et la concurrence libre et non faussée. La démocratie devient une idée creuse et permet à un nombre restreint d’individus d’exercer le pouvoir, en se légitimant par des procédures d’élections suffisamment contrôlées pour que les options restent limitées à ce que cette oligarchie a déjà validé.

Selon cette idéologie, la maîtrise de l’exercice politique permet alors d’aplanir tout conflit et toute difficulté. Il n’y a d’ailleurs plus qu’à appliquer les recettes, s’en remettre à l’expert, plus besoin de choix, c’est le règne du TINA. Il suffit d’informer le citoyen sur la conjoncture,  de le former pour qu’il se conforme aux décisions déjà prises par les gouvernants.



[1] D’ailleurs, on sent depuis la signature de l’accord que les décideurs étrangleurs qui ont fait signer l’accord à Alexis Tsipras ainsi que les éditorialistes intransigeants des derniers jours (voir l’éditorial un peu minable du Monde daté du 14 juillet : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/14/grece-tout-le-monde-perdant_4682539_3232.html avec la grossière erreur concernant la chronologie de la fermeture des banques et qui tente, tout en ne reniant rien, de ne pas insulter l’avenir au cas très probable où cet accord ne résoudrait rien) essayent de donner hypocritement quelques gages de leur "humanité". Ce n'est qu'une stratégie évidement : ils sentent bien que la manière compte, et que leur vraie nature s’est un peu trop dévoilée en l’espèce.