Miss Landon, ou l'inconscient avant Freud

Letitia Elizabeth Landon (1802-1838) by Maclise
Letitia Elizabeth Landon est née à Londres en 1802. Son premier poème parut à 18 ans dans un hebdomadaire littéraire, sous l’initiale « L ». L’année suivante, avec l’aide financière de sa grand-mère, elle publia sous son nom un livre de poésie, « Le Destin d’Adelaïde » (The fate of Adelaïde). Son second recueil, « L’improvisatrice » (The improvisatrice) date de 1824. L.E.L. (surnom donné par ses lecteurs) écrivit également plusieurs romans et son style romantique fut très populaire à son époque. Elle mourut en 1838 d’une overdose, probablement accidentelle, d’acide prussique. Voici l’un de ses poèmes, sorte de fragment qui apparait au début du chapitre XIV d’un de ses romans historiques de 1837, « Ethel Churchill », suivi d’un essai de traduction. On ne peut être que frappé de cette intuition ante-freudienne de l’inconscient à l’œuvre dans nos actions, avec l’idée d’une espèce d’ombre portée sur le futur par un passé informulé.
Secrets
« LIFE has dark secrets; and the hearts are few
That treasure not some sorrow from the world--
A sorrow silent, gloomy, and unknown,
Yet colouring the future from the past.
We see the eye subdued, the practised smile,
The word well weighed before it pass the lip,
And know not of the misery within:
Yet there it works incessantly, and fears
The time to come; for time is terrible,
Avenging, and betraying. »Secrets
« La vie a de sombres secrets; et rares sont les cœurs
Qui ne cachent quelque douleur en ce monde –
Une douleur silencieuse, obscure et inconnue,
Qui cependant empreint l’avenir de la couleur du passé.
On peut remarquer l’œil doux, le sourire arrangé,
Le mot bien pesé avant qu’il ne franchisse la lèvre,
Et ignorer la souffrance qui s’y trouve :
Cependant elle agit là sans cesse, et s’effraie
Du temps qui reste ; car ce temps est terrible,
De vengeance et de trahison. »