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Berta Cáceres, source : http://www.goldmanprize.org/blog/qa-with-berta-caceres/

Berta Cáceres, militante du Honduras pour l’environnement et les droits de l’homme, a été assassinée hier à son domicile. Elle était l’une des grandes voix du peuple Lenca, qui lutte depuis des années contre l’implantation d’une centrale hydroélectrique sur leur fleuve sacré, la rivière Gualcarque. En septembre 2010, le gouvernement hondurien issu du coup d’état de 2009 qui avait déposé le président Manuel Zelaya, a octroyé 47 permis pour la construction de barrages hydroélectriques, sans aucune consultation des communautés paysannes et indigènes concernées. L’une des concessions a été accordée à la société hondurienne DESA (Dessarollos Energeticos SA) qui a choisi pour la construction du barrage le leader du secteur, l’entreprise publique chinoise Sinohydro Corporation. Grâce à la mobilisation des communautés locales, cette dernière s’est officiellement retirée du projet « Agua Zarca » en août 2013, mais DESA n’a pas pour autant renoncé à son usine sur Rio Blanco,  et est soupçonnée d’employer des paramilitaires.

Dans cette situation explosive, Berta Cáceres, coordinatrice du COPINH (Conseil civique des organisations indigènes et populaires du Honduras), se savait menacée : le célèbre juge espagnol Balthazar Garzón avait révélé en 2013 une liste de 18 personnes de nationalité hondurienne sur le point d’être assassinées et la militante y figurait en première place. De nombreux meurtres d’activistes sont restés impunis ces dernières années. Voici le discours qu’elle prononça en 2015 lors de la remise d’un prix qu’elle avait reçu de la fondation Goldman pour l’environnement :

« Dans notre vision du monde, nous sommes des êtres surgis de la terre, de l’eau et du maïs. Nous, le peuple Lenca, sommes les gardiens ancestraux des rivières, nous-mêmes protégés par les esprits des jeunes filles qui nous enseignent que donner nos vies, de quelque manière que ce soit, pour la protection des rivières, c’est donner nos vies pour le bien-être de l’humanité et pour celui de cette planète. Le COPINH, en marchant avec d’autres peuples pour leur émancipation, confirme notre engagement à poursuivre le combat pour la défense de l’eau, des rivières, de nos biens communs et de la nature, ainsi que celle de nos droits en tant que peuples.

Réveillons-nous, réveillons-nous, Humanité ! Nous ne pouvons plus attendre. Nos consciences doivent être ébranlées par le simple fait de contempler notre auto-destruction causée par la prédation capitaliste, raciste et patriarcale. Le fleuve Gualcarque nous a appelés, ainsi que d’autres qui sont gravement menacés. Nous devons répondre à ces appels. La Terre-Mère – militarisée, clôturée, empoisonnée et où les droits fondamentaux sont systématiquement violés – exige que nous agissions. Bâtissons des sociétés capables de coexister de façon juste, digne et tournée vers la vie. Rassemblons-nous et continuons avec espoir à défendre et à garder le sang de la terre et les esprits. Je dédie ce prix à tous les rebelles, à ma mère, au peuple Lenca, au Rio Blanco et aux martyrs pour la défense des ressources naturelles. »

Berta Caceres acceptance speech, 2015 Goldman Prize ceremony