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Giuseppe Arcimboldo - Rudolf II (Vertumnus) - 1590-1591

 

Silvia Pérez-Vitoria était l’invitée toute la semaine de l’émission « Un autre jour est possible » animée par Tewfic Hakem, le matin sur France Culture, pour présenter son dernier livre : « Manifeste pour un XXIème siècle paysan ».

 

Souveraineté alimentaire (suite du post précédent)

La notion de souveraineté alimentaire est différente de celle de sécurité alimentaire. Cette dernière se réfère au droit des peuples à avoir une alimentation suffisante et de qualité. On est plutôt du côté de la consommation. Dans le cas de la souveraineté alimentaire, les peuples doivent pouvoir produire leur alimentation, et choisir le type d’aliments qu’ils veulent consommer. Seule la notion de souveraineté permet de lutter contre les grandes firmes agroalimentaires qui cherchent à homogénéiser les types d’alimentations, détruisant de fait la diversité des modes d’alimentation.

Revendiquer la souveraineté alimentaire, ce n’est pas soutenir les programmes populistes de certains partis. La souveraineté alimentaire peut se réaliser à n’importe quel niveau : européen ou national, mais il serait préférable au niveau écologique qu’elle s’impose à l’échelle régionale. Cela réduirait les importations et la pollution induite par les questions de transport. Il n’est pas logique que le Limousin ne produise pas ses propres pommes de terre. Cela n’est possible que dans un système où il suffit de trouver des produits moins chers ailleurs et où l’énergie du transport est subventionnée.

 

Agriculture locale dans un monde économiquement globalisé

Silvia Pérez-Vitoria rappelle qu’une étude pour le Ministère de l’Environnement avait, il y a quelques années, été mal reçue par les fonctionnaires et les hommes politiques, car elle contredisait tous les dogmes libéraux : elle établissait que si la France passait en bio et relocalisait sa production, cela doublerait le nombre d’actifs agricoles. Le maintien d’une paysannerie ne peut passer que par la fin de cette permanente mise en compétition si destructrice.

 

Récupérer la fertilité des sols à long terme

De plus, le mode industriel tuant la vie et la fertilité des sols à cause des produits chimiques, des engrais et du forçage sur les plantes, les terres agricoles abandonnées doivent être retravaillées avec l’agriculture paysanne pour retrouver leur rendement à long terme, dont dépend notre avenir. Et cela ne peut se faire qu’avec des pratiques véritablement paysannes.

 

Revoir les politiques urbaines

Tout est à reconsidérer dans le but de relocaliser les productions. L’une des solutions en cours de développement, ce sont les circuits courts avec les AMAP, qui permettent aux citadins d’acheter au plus près des producteurs. Il faut comprendre que ces dernières ont permis à des paysans de s’installer parce que ça leur assurait une garantie de commercialisation. Une autre piste prometteuse consiste en ce que les collectivités territoriales passent des contrats pour les cantines scolaires ou pour la restauration collective directement avec des paysans locaux. Du coup, l’offre n’est plus suffisante parfois, notamment en agriculture biologique : il n’y a pas assez de paysans. C’est pourquoi il est nécessaire que les collectivités locales préemptent des terres municipales pour y mettre des paysans afin de produire et d’y vivre.

 

Un problème systémique

Si les paysans dans le monde représentent presque la moitié de l’humanité, ils ne représentent en France plus que 3% de la population. Ils doivent être protégés d’autant plus lorsque l’on prend conscience que le système agro-alimentaire n’est pas là pour nourrir, il n’est pas conçu pour ça : par exemple, il n’hésitera pas à transformer du maïs ou du blé en agro-carburant, alors que ça pourrait nourrir les gens. De même, il n’hésitera pas à détruire des forêts ou des cultures traditionnelles pour mettre de l’huile de palme, parce que le marché existe. Il ne faut pas lui demander de nourrir l’humanité, car il ne sait pas le faire. Le seul résultat qu’il est obtenu, c’est d’un côté un milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim, et de l’autre un milliard et demi de gens qui mangent trop.

C’est pourquoi il est si important de préserver les terres agricoles au profit de la paysannerie, surtout des petits paysans, et ne pas laisser la spéculation financière les accaparer au bénéfice de l’industrie contre l’intérêt des populations. Car de plus en plus de fonds financiers s’intéressent à la terre, considérée désormais comme un bien rare, et cherchent à acquérir des terres appartenant à des paysans pour de la spéculation immobilière entre autres. L’exemple du Mozambique est terrible, avec un vaste projet agroalimentaire qui doit mettre 14 millions d’hectares à la disposition de l’industrie, n’hésitant pas à envisager le déplacement de paysans installés et des communautés locales. Il faut que les Etats résistent et comprendre qu’avoir une paysannerie nombreuse et diversifiée est primordial.

A suivre…