P1120350

Ancienne végétarienne, Lorène est journaliste à Reporterre. Elle raconte dans un article du 27 octobre 2015 être redevenue carnivore après diverses rencontres avec les paysans. Elle explique avoir renoncé à son régime alimentaire en découvrant que la souffrance animale était davantage liée à l’industrie qu’à l’élevage proprement dit, et elle pense qu’en mangeant carné, elle contribuera à sauver les petits paysans.

Belle histoire, même si, évidemment, je ne partage pas cet espoir ni peut-être même ses présupposés, mais je respecte ce choix. Chaque subjectivité navigue au gré des doutes et des convictions qui la traversent. Ce qui me gêne cependant, c’est que la journaliste, que je crois pourtant sincère, semble se raconter un peu des histoires, sa mémoire ayant sélectionné un événement qui ne paraît pas vraiment être l’élément déclencheur.

C’est juste un soupçon mais certains éléments viennent le renforcer. Il suffit de lire un ancien article, où Lorène est citée en tant que membre de la rédaction, dans lequel elle indique qu’elle "serait prête à remanger de la viande, « si elle est issue d’un élevage paysan, et que ce n’était qu’une fois par semaine ou par mois. »". Soit très exactement la conclusion à laquelle elle parvient à la fin de ses rencontres. Or,  cet article date du 4 avril 2015, à la veille de ses reportages sur les fermes, ce même mois qu’elle cite pour sa nouvelle conversion.

Pour le dire autrement, la révélation ne s’est pas faite comme elle le raconte :

« En avril dernier, je suis partie en vélo à la rencontre des paysans. De ferme en ferme, j’ai découvert un monde que je pensais connaître. J’ai trébuché, les pieds pris dans mes a priori. Voilà ce qui arrive quand on troque ses bottines contre des bottes. Car la surprise est dans le pré. Surtout, je n’imaginais pas, en enfourchant ma bicyclette, que je redeviendrais carnivore. »

Mais si, Lorène, tu l’imaginais très bien. Ton nouveau choix est plutôt le fruit d’une plus ancienne maturation, nourrie de lectures comme le Vivre avec les animaux de Jocelyn Porcher, la conversion existait déjà dans ta tête avant ton voyage d’été, et la rencontre avec les paysans n’a fait que te permettre de mettre à exécution ta décision antérieure.